Interview avec lepetitjournal.com/francfort

Nadine Ladier, praticienne en psychothérapie à Francfort et Wiesbaden, connait bien le monde de l’entreprise et s’intéresse notamment au phénomène de burn-out, épuisement professionnel que de nombreux spécialistes qualifient de mal du siècle. Le trouble de la personnalité "borderline" caractérisé par un degré émotionnel intense fait aussi partie de ses sujets de prédilection. Rencontre avec une femme passionnée par son métier dont l’objectif est que chacun puisse se sentir bien dans sa peau.

Quel type de personnes vient vous voir et pourquoi ?

Plutôt des adultes. Ceux qui viennent me voir ont en général une difficulté à gérer dans leur vie privée ou professionnelle. Ils sont victimes d’angoisses ou d’obsessions comme le besoin de faire le ménage en permanence, souffrent de dépression, de burn-out ou d’anorexie, de troubles psychosomatiques, de traumatismes liés à l’enfance ou encore de difficulté à assumer leur homosexualité. Certains ne présentent pas de troubles psychologiques mais ont un problème par rapport à une tierce personne, un parent, un collègue, un ami… qu’ils n’arrivent pas à gérer. Je joue alors un rôle de conseil pour les aider. Dans la majorité des cas, ils attendent tous un changement. Je suis comme une sage-femme, j’aide l’enfant à sortir de la matrice mais je ne le sors pas moi-même. J’amène le patient à trouver seul son problème.

Vos patients sont-ils français ou allemands ?

Je suis trilingue et parle parfaitement français, anglais et allemand. Je peux travailler aussi bien avec des Français que des Allemands, voire avec d’autres nationalités. Je n’ai aucune préférence et de toute façon j’adore les langues.

Parmi vos patients, il y a-t-il des expatriés ?

Oui tout à fait. Les différences culturelles même si certaines peuvent paraître anodines sont parfois sources de profond mal-être. Une de mes patientes a fait une dépression car elle ne trouvait pas de partenaire en Allemagne. Les femmes françaises ne vivent pas toujours très bien en effet le fait que les Allemands ne sachent pas flirter. Pour certains patients, c’est la question du retour en France qui les taraude, ils se demandent s’ils doivent rester en Allemagne ou rentrer dans l’Hexagone. D’autres ont tout quitté pour suivre leur conjoint et rencontrent des difficultés à retrouver un job ou ont du mal à s’adapter à une culture d’un pays qu’ils n’ont pas forcément choisi.

Utilisez-vous les réseaux sociaux, les logiciels de communication comme skype par exemple pour mener vos séances ?

Je privilégie surtout la rencontre physique. Je propose cependant des séances de transition via skype à des patients qui partent en vacances ou qui sont en déplacement à l’étranger par exemple. Cela nous permet de ne pas interrompre la thérapie.

Avez-vous un exemple concret ?

Je peux citer l’exemple d’un patient qui n’accepterait pas les louanges. Cette attitude peut renvoyer à l’enfance ou à un comportement anti-social.
Et lorsque le patient n’arrive pas à exprimer ses émotions par la parole, j’emploie la méthode systémique à l’aide de dessins. Il va alors dessiner sur la feuille de papier ce qu’il ressent. Cette méthode rejoint un peu celle de la constellation familiale mais ne se pratique qu’en individuel, en couple ou famille nucléaire et permet de voir les interactions dans la famille.

Interview réalisée par Valérie Keyser (www.lepetitjournal.com/francfort), mercredi 5 octobre 2016